Charles Caudrelier participe actuellement à la Course autour du monde Volvo à bord de Groupama IV, et il nous décrit les dessous de l’aventure. Mais à moyen terme, ses projets sont plus personnels et il ambitionne de disputer le Vendée Globe 2016 ; il nous parle de cet objectif, et des enseignements de la Volvo Ocean Race.
« C’EST L’UNE DES PLUS BELLES EXPÉRIENCES MARITIMES DE MA VIE »
Charles Caudrelier fait depuis deux ans partie du Groupama Sailing Team; il a participé à l’élaboration du projet, suivi les différentes phases du design du voilier VO 70, observé la mise en place de l’équipage et de l’équipe technique. Une expérience particulièrement enrichissante, qui modifie profondément son approche de la course au large et sa préparation en vue du Vendée Globe 2016, qui demeure son objectif prioritaire.
« J’ai une chance extraordinaire », confesse-t-il. « Car je travaille avec les meilleurs spécialistes au monde, dans un projet très dynamique, où il n’y a quasiment pas d’autre limite que celle de notre créativité. Grâce à cela, j’accumule une expérience extraordinaire, tant du point de vue technique qu’humain. J’ai le sentiment d’avoir plus appris en un an que pendant les dix dernières années !
La technique, par exemple, est souvent l’un des points faibles d’un Figariste. Par le passé, j’avais déjà eu la chance de beaucoup apprendre en naviguant sur l’IMOCA 60 Safran, avec Marc Guillemot, mais là, c’est encore autre chose puisqu’il s’agit d’une grosse équipe. C’est passionnant, et ça sera aussi très utile pour l’avenir.
Yann Riou/Groupama Sailing Team/Volvo Ocean Race
Ainsi, je sais désormais que si j’ai la chance de construire un nouveau voilier, je me sens armé pour le faire. J’avais déjà des idées relativement précises il y a deux ans, mais mon regard et mes compétences ont évolué, et je ferais désormais les choses différemment. Je commence aussi à avoir une idée très précise des personnes avec lesquelles je souhaiterais travailler. »
Deux-tiers du parcours de la Volvo Ocean Race ont été parcourus, et il sera bientôt temps de penser très concrètement à la suite. Mais pour l’heure, Charles est encore totalement immergé dans la course autour du monde. « C’est clair que c’est une épreuve très prenante, qui ne laisse pas beaucoup de place pour faire des projets d’avenir », raconte-t-il. « Mais dans le même temps, je sais depuis longtemps ce que je veux faire, et c’est le Vendée Globe 2016. Personne ne l’ignore dans l’équipe, et on en parle souvent ; on discute des alternatives, on imagine des innovations…
Je suis aussi parfaitement conscient du fait que la Volvo Ocean Race s’arrête d’un jour à l’autre, d’une façon brutale, et qu’il faut être prêt afin d’éviter le contre-choc. Mon objectif sera de rapidement remettre le pied à l’étrier, en naviguant sur différents projets tout en entamant très sérieusement la phase de recherche de partenaires pour 2016. »
L’EXPÉRIENCE DU SOLITAIRE AU SERVICE DE L’ÉQUIPE
Formé à la dure école de la navigation en solitaire, et du Figaro, qu’il a remporté en 2004, Charles Caudrelier apporte à l’équipage de Groupama IV un point de vue différent (par ailleurs partagé par le skipper Franck Cammas et d’autres équipiers qui sont très loin d’être novices en la matière).
Yann Riou/Groupama Sailing Team/Volvo Ocean Race
« Nous naviguons à onze, mais dans les faits, nous sommes souvent en équipage réduit sur le pont. Et puis, ces voiliers sont si puissants qu’on doit fréquemment adopter des techniques de la navigation en solitaire, notamment au niveau de l’anticipation.
En ce qui me concerne, j’ai procédé par étapes. Dans un premier temps, tu écoutes, et tu observes. Puis petit à petit, alors que tu commences à comprendre le fonctionnement de l’équipe, tu apportes tes compétences là où cela se justifie.
C’est ainsi que nous avons modifié notre façon d’empanner, ou de rouler des voiles, en nous inspirant des méthodes utilisées en solitaire. Ça a très bien fonctionné ; c’est paradoxal, mais quand on navigue en équipage, on a parfois tendance à compliquer les choses. Là, on est revenus à plus de simplicité. »
L’APPRÉHENSION DU GRAND-SUD
« Forcément, avant d’aller dans le Grand Sud, et de franchir le Cap Horn, on se demande ce que l’on va y trouver. Et là, maintenant, je le sais !
Le Sud était particulièrement intéressant, car on a rencontré des conditions très dures. Pour moi, c’était très intéressant de voir comment de grands marins, comme Franck, abordaient ça. D’une part, il y a l’appréhension des très grosses vagues et c’est toujours bien d’en avoir rencontré pour savoir à quoi s’attendre, et réaliser que ce n’est pas forcément pire que le Golfe de Gascogne. Mais surtout, ce qui était intéressant pour moi, c’était de voir comment gérer ces situations, comment aller plus vite que les autres mais sans casser : il faut parfois être patient, et à d’autres moments, il faut enclencher le turbo. Ce qui compte, c’est la gestion des différents paramètres et là aussi, cet apprentissage a été très précieux pour moi.
Enfin, il y a le choix des voiles ; quelles tailles et quels grammages embarquer. J’y ai pas mal réfléchi, et là, je peux dire que je sais exactement ce dont j’aurai besoin. »
Photo Credit: Yann Riou
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