L'avantage de jouer à domicile n'a pas été primordial sur cette régate « In-Port » courue dans une jolie brise d'une douzaine de noeuds d'Ouest, se renforçant en fin de match à une quinzaine de noeuds. Et pourtant l'équipe française connaît bien les Coureaux de Groix puisqu'elle s'y est entraînée pendant des mois avant de prendre le départ de la Volvo Ocean Race en novembre dernier. Les conditions météorologiques étaient stables, le vent était plutôt régulier et la marée en fin de montante n'influait pas énormément sur la stratégie. C'est donc la qualité manoeuvrière et l'intelligence tactique qui ont primé sur cette neuvième régate d'une heure au plus près des spectateurs.
Lorient s'enflamme
Les hôtes bretons ont réussi à mélanger atours et atouts : tout était en place pour une confrontation spectaculaire ! Une grande houle du large pour chavirer les coeurs et donner du mouvement à ces machines de course, un bon clapot qu'il fallait bien négocier en sortie de virement, un peu moins de vent sous l'île de Groix mais un angle un peu plus favorable, du soleil et des centaines de bateaux entourant ce parcours aller face au vent et retour plein vent arrière, agrémenté de deux petits vent de travers en bas du terrain de jeu. Du monde sur l'eau, du monde à terre et un enjeu très important pour toutes les équipes : Groupama 4 pour assurer ses arrières, le dauphin Puma pour grignoter des points, Camper et Telefonica pour se départager de leur classement ex-aequo, Abu Dhabi pour maintenir sa domination sur ce type de course (3 victoires au compteur), Sanya pour démontrer qu'il n'a pas à rougir de naviguer sur un voilier ancienne génération.
Et pour les quatre leaders au classement général, ce match avait non seulement un impact sur les écarts en points, mais surtout était un marqueur des positions psychologiques des teams. Franck Cammas et ses hommes étaient donc partis du ponton de la Base sous-marine sans stress ni trop de pression, un bon résultat consistant à monter sur le podium de cette manche. Ils devaient aussi se méfier de ne pas être pris en chasse par l'un ou plusieurs de leurs trois poursuivants : le départ était donc une phase cruciale. Groupama 4 choisissait de s'élancer au bateau Comité, laissant la place sous le vent à Sanya, à Camper et à Puma, le plus prompt sur la ligne. Tout le monde partait donc vers l'île de Groix, sauf Abu Dhabi enfermé au coup de canon et obligé de virer de bord.
Deux, trois, deux, un
Rapidement, il était clair que les néo-Zélandais étaient en pole position, au vent de la flotte quand Groupama 4 dut partir vers la pointe du Talud pour se dégager de Sanya. Mais l'incertitude régnait car d'un côté, le vent était moins soutenu sous les côtes de Groix, de l'autre, le courant contraire était un poil plus fort et le vent un peu plus à droite. Camper, Puma et Telefonica se suivaient en bâbord amures direction la bouée au vent mouillée à environ deux milles, Groupama 4 shootait une belle lay-line tribord amures. Les néo-Zélandais enroulaient en premier, mais Puma devait laisser passer le voilier français pour respecter la priorité... Tandis que Telefonica était aussi contraint d'abattre derrière Sanya.
Deux bords pour aller à la bouée suivante : le déclenchement de l'empannage était primordial. Les Américains jouaient parfaitement le coup en devançant de quelques secondes Franck Cammas et ses hommes qui se faisaient passer au vent. Mais quelques minutes plus tard, c'est Groupama 4 qui effectuait la meilleure trajectoire à la bouée sous le vent en se glissant sous Puma. Après deux petits bords de vent de travers, la flotte remontait de nouveau au près pour un deuxième tour, avec Camper quelques longueurs devant le voilier français, lui même devançant les Américains et les Émiratis bien revenus sous spinnaker. Et comme tout le monde se contrôlait, le match semblait ne se jouer que sur une erreur manoeuvrière ou tactique.
Le coup du sombrero
A la dernière bouée au vent, la hiérarchie n'avait pas changé mais les écarts entre les trois premiers restaient faibles. Puma déclenchait le premier l'empannage pour aller chercher du vent et une fin de marée montante côté continent, tandis que Groupama 4 suivait Camper pour assurer sa manche. Et quand les néo-Zélandais se mirent en position, le tacticien Laurent Pagès soufflait à Franck Cammas qu'il était préférable de patienter un peu... Et de fait, les Kiwis étaient contraints de forcer la descente pour viser la bouée quand l'équipage français pouvait profiter pleinement des petites bouffées de vent et de la grande houle pour accélérer. Et c'est donc en leader que Groupama 4 terminait le deuxième tour !
Une victoire qui s'ajoute aux deux précédentes et place Franck Cammas et ses hommes en position très favorable pour boucler la boucle à Galway ! Une victoire qui leur donne encore plus d'ascendant sur leurs poursuivants qui vont désormais se consacrer à se départager car ils sont à une poignée de points les uns des autres... Les néo-Zélandais deuxièmes à Lorient, ont en effet gagné un point important sur les Américains et deux sur les Espagnols. La dernière étape dont le départ sera donné dimanche à 13h03 dans les Coureaux de Groix offre donc une belle opportunité à Groupama 4 de conclure avant la dernière régate « In-Port » de Galway et à ses trois poursuivants de se battre pour une place de dauphin extrêmement ouverte.
Ils ont dit
Franck Cammas, skipper de Groupama 4 : « Évidemment, on ne pouvait pas rêver mieux que de gagner cette régate « In-Port » ici, à Lorient, surtout que nous n'avions pas cette ambition au départ : nous aurions déjà été contents de finir 2èmes ou 3èmes ! Les néo-Zélandais malheureusement pour eux, nous ont laissé une ouverture que nous avons tout de suite saisie. C'est une joie pour toute l'équipe, surtout qu'il y avait plein de monde sur l'eau pour nous encourager. Cela fait énormément plaisir d'avoir cet accueil là où nous nous sommes préparés pendant des mois. Et c'est bien d'avoir 25 points d'avance au classement général : cela nous permet d'être plus sereins pour la suite. Mais c'était extrêmement serré aujourd'hui entre les trois premiers ! »
Laurent Pagès, tacticien de Groupama 4 :
« L'équipage a été absolument fantastique en termes de coordination de manoeuvre : on a tout réussi parfaitement. C'est un préalable sur ce type de régate, c'est un fondamental, mais ce n'est pas si facile à mettre en place. Je crois que nous avons tiré les bons bords, les belles lay-lines, et Groupama 4 allait vite ! Camper et Puma ont aussi très bien navigué mais nous avons eu une opportunité à la fin quand les néo-Zélandais ont mal appréhendé l'arrivée sur la dernière bouée sous le vent... Cela fait du bien parce qu'au niveau comptable, c'est très bon, au niveau dynamique c'est excellent et au niveau mental, c'est mauvais pour nos concurrents. Et cela fait très plaisir à beaucoup de gens autour de nous ! »
Thomas Coville, régleur sur Groupama 4 :
« C'est une superbe journée pour toute l'équipe, un magnifique moment collectif ! C'est un exercice que nous avons beaucoup travaillé depuis plus d'un an et demi, et terminer à Lorient sur cette victoire, ça vaut la peine de faire le tour du monde... Superbe bagarre avec Camper et Puma, superbes conditions de navigation. On fait un très beau coup sur le dernier bord de spi : Franck a décidé d'empanner un peu plus tard et on réussit à prendre l'intérieur à la bouée. On avait la vitesse : c'est l'aboutissement d'un gros travail de cohésion. C'est top ! »
Classement de la régate « In-Port » de Lorient :
1 - Groupama sailing team : 6 points
2 - CAMPER with Emirates Team New Zealand : 5 points
3 - PUMA Ocean Racing powered by BERG : 4 points
4 - Telefónica : 3 points
5 - Abu Dhabi Ocean Racing : 2 points
6 - Team Sanya : 1 point
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