L'ascension vers la Chine n'est pas de tout repos et l'escalade des vagues de plus en plus abruptes vire à l'avalanche d'embruns et de paquets de mer... Les bateaux jouent aux montagnes russes et les harnais sont de mises pour encaisser les brusques à-coups. Car il faut s'attacher avant de grimper sur le pont et se cramponner pour ne pas se faire faucher par une coulée d'eau. L'ambiance tourne à la varappe pour les équipages espagnols et français qui ouvrent la voie par la face Nord. La structure et le gréement des VO-70 sont particulièrement sollicités et les corps se meurtrissent au gré des martèlements et des violentes secousses qui se propagent comme une onde de choc dans la coque en carbone. Sur Groupama 4, tout l'équipage s'est progressivement préparé à ces deux prochains jours de shaker permanent comme l'annonçait Charles Caudrelier ce mercredi matin.
« Nous tirons un bord qui va nous amener vers la pointe Sud-Est du Viêtnam. Le vent commence à monter doucement puisque nous avons déjà quinze noeuds et nous nous attendons à beaucoup plus de brise en fin de journée, avec plus de vingt-cinq noeuds. La mer est surtout en train de se former et ça commence à taper sérieusement ! Nous nous sommes préparés à ces conditions puisque nous allons avoir une vingtaine d'heures assez difficiles. On s'est bien reposé car nous n'allons pas beaucoup dormir à cause des manoeuvres de virement où tout le monde doit être sur le pont. Nous avons ressorti nos bottes et nos cirés, qui étaient rangés depuis le départ des Maldives. Jusque là, nous naviguions dans quinze noeuds de vent maximum, en short et en t-shirt. »
Des heures de heurts
Après la sortie du détroit de Singapour, la flotte s'est scindée en plusieurs groupes afin de s'extraire des archipels qui parsèment la route : Franck Cammas et ses hommes ont opté pour la trajectoire la plus courte en compagnie des Espagnols, louvoyant pour raser l'île de Selia. Ils étaient suivis par les Américains qui ont décroché au niveau de Natuna Besar piquant plein Est pour se retrouver 130 milles plus au large que les deux leaders. Les néo-Zélandais et les Émiratis ont choisi une route intermédiaire. Pourquoi ?
« D'autres concurrents en particulier les Américains, ont choisi une option différente parce que nous avons fait face à un vent plus Nord que prévu. Ils en ont profité pour se décaler plus au large car ils étaient plus loin derrière et voulaient probablement tenter un coup. Nous préférons nous approcher très vite des rivages vietnamiens pour éviter le plus fort du courant général et jouer les effets de côte avec une rotation du vent favorable. Cela reste une partie assez tendue puisqu'ils sont un peu revenus sur nous. Nous espérons un gain en fin de journée quand nous serons proches des reliefs. Mais la météo réelle n'est pas tout à fait celle des fichiers et on se pose quand même des questions... » analysait Charles Caudrelier.
Il faut aussi prendre que Puma a démâté lors de la première étape de la Volvo Ocean Race. Ken Read n'a donc plus de joker si une nouvelle avarie de gréement survenait (de même pour Ian Walker sur Abu Dhabi). Mais surtout les Américains préfèrent naviguer sur une mer plus plate et dans un vent plus favorable pour faire route directement vers Sanya. Ce qu'ils sont en train de faire ce mercredi en début d'après-midi avec une brise quasiment de secteur Est d'une dizaine de noeuds. Ils gagnent donc près de 15° en cap sur une mer nettement moins formée et devraient normalement regagner du terrain ces prochaines heures. Mais est-ce que cela sera suffisant pour rattraper plus de cent milles de retard lorsque Puma va lui aussi atteindre les côtes vietnamiennes avec un vent qui va retourner au secteur Nord-Est ? Verdict jeudi midi...
Position des concurrents de la Volvo Ocean Race sur la troisième étape Abu Dhabi - Sanya à 1600 UTC (17h00 heure française) le 01/02/2012
1. Telefonica à 629 milles de l'arrivée
2. Groupama 4 - à 8,5 milles du premier
3. Camper - à 40,8 milles du premier
4. Abu Dhabi Ocean Racing - à 78,1 milles du premier
5. Puma - à 122,4 milles du premier
6. Team Sanya - à 260,5 milles du premier
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